Enfance pleinsoleil

Publié le par Luis Nunes Alberto

Je suis né dans un petit village du centre du Portugal, là j’ai vécu mes huit premières années. Puis j’ai émigré vers la France avec mes parents.

Dans mon village il n’y avait rien, pas d’électricité une  ou deux voitures, pas de tracteurs, quelques camions qui transportaient surtout des troncs de pin ou d’eucalyptus. Pratiquement pas de journaux, pas de télévision, pas de radio.

Pour aller á l’école je devais parcourir trois kilomètres á pied que généralement nous faisions en courant les pieds nus, moi et mon frère plus âgé que moi un an et tous les gosses du voisinage. Á l’école le port de chaussures etait obligatoire, notre mère nous forçait á les mettre avant de sortir le matin, mais au premier détour du chemin, là oú il y avait un olivier immense, tout tordu, plus vieux que les plus vieux, nous enlevions nos chaussures, les pendions á l’épaule et partions en courant sur la route de terre poussiéreuse. Même en hiver, quand parfois il gelait, nous procédions de la même maniere mais nous courions moins parce que nous prenions le temps de casser la fine couche de glace qui recouvrait les flaques d’eau au long du chemin.

Nous n’avions rien mais nous étions heureux, nous ne savions pas que nous n’avions rien. Si on avait un petit couteau, un canif, dans sa poche on avait tout. Le père noël n’existait pas encore, noël c’etait le petit Jésus, et son père c’etait Dieu, on aurait jamais osé lui demander quoi que ce soit,  il n’y avait pas de cadeaux, pas de jouets, nous ne savions pas que ça existait, nous étions heureux.

Les jouets nos les faisions nous mêmes, c’etait pour ça qu’on voulait tous avoir un canif, pour couper les bambous et les roseaux pour pousser les cerceaux, pour faire des pièges pour attraper les chardonnerets, pour faire des cages á grillons, et toutes sortes de constructions.

Nous aidions aussi aux champs, á cueillir les feuilles du maïs pour en faire du fourrage pour les animaux, ou á cueillir les épis, nous le faisions en nous amusant, nous apprenions avec nos parents á etre compétents, á produire nos aliments.

Je n’étais pratiquement pas sorti du village avant le  voyage vers la France, le plus loin que j’étais allé c’etait la ville voisine distante de huit ou neuf kilomètres pour faire des examens médicaux et prendre des vaccins indispensables pour l’émigration, c’etait tres tres loin, pour moi c’etait le bout du monde. Le voyage pour la France, deux jours de train, ça été pour moi quelque chose de vraiment épique . À chaque arrêt la question etait toujours la même, « c’est ici la France ?» Moi et mes frères et sœurs l’avons demandé tellement souvent que nous avons fini par nous fatiguer, et quand nous sommes arrivés á destination,  personne n’a rien dit , et puis il faisait tres froid á Bourges le 12 Février 1962.

Ce qui m’a le plus impressionné d’abord c’est l’existence d’ordures, les poubelles, dans mon village il n’y avait pas d’ordures, tout etait recyclé naturellement, brûlé ou réutilisé, les poules, les canards, les lapins, les cochons et la vache mangeaient tous les restes de nos aliments ou des herbes des champs et du potager. Les sacs en plastique n’étaient pas encore arrivés, ni les détergents. J’ai eu un peu de mal dans mes huit ans á assimiler ce concept de déchets inutiles.

Une autre chose que je ne comprenais pas et que je ne comprends pas encore tres bien, c’est le chewing gum, l’idée de mâcher pendant des heures comme des ruminants un truc qu’on va même pas avaler me paraissait complètement insensé.

La plus grande découverte fut sans doute la lecture, tout le genre de lecture, les bouquins de la bibliothèque de l’école primaire des grands á laquelle j’avais acces, les livres de la bibliothèque verte, Robin des bois, Ivanhoe, des Jules Verne, des Jack London etc… etc…

C’est avec ces livres que j’ai appris le français, et puis j’ai découvert aussi la BD, mon voisin en avait une collection monstre, de tout, moi je n’imaginai même pas que ça puisse exister, les bouquins de cow boys, les indiens, Superman, Bibi fricotin, les Pieds Nickelés, Tintin.

Tout cela m’a ouvert des horizons infinis, moi qui au départ n’avais pas encore d’horizon ni fini ni infini, mais tout de même j’étais habitué á ne pas avoir de limites, j’étais un enfant heureux pour avoir pu courir par champs et sapinières et braconner dans les ruisseaux et les vergers et manger les fruits partout sans me soucier de rien ni á qui ils appartenaient

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M
Bonjour Luis  merci de nous faire partager tes souvenirs d'enfance , c'est très émouvant . j'ai aussi beaucoup aimé ton expo , , tu es un touche à tout et j'aime beaucoup cet état d'esprit .Tes livres .....  tes bijoux ... tes tableaux , tout cela me parle !    Merci de ta visite sur mon blog , si cela ne t'ennuie pas  je souhaire mettre un lien dans mes favoris . je te souhaite une belle journée ,  amicalement Mary 
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L
Merci Mary, tu peux mettre le lien ça m'ennuie pas du tout.